logo-cbp

Christophe Berliocchi

Interviews

Le Comte de Bouderbala (Sami Améziane) 018

Le Comte (de Bouderbala) est bon

Son nom, le Comte de Bouderbala, Sami Ameziane pour l’état-civil, est moins connu que celui de Jamel Debbouze, Élie Semoun, Franck Dubosc et compagnie, car on ne le voit jamais aux JT ou dans les émissions d’Arthur. Il n’empêche, l’humoriste est une figure du stand-up. Avec son premier spectacle, qu’il a joué pendant huit ans, le Franco-Algérien a attiré plus d’un million de spectateurs. Avec « 2 », lancé début 2017, cet ancien basketteur pro a repris le chemin de la province après avoir affiché « sold out » pendant huit mois au théâtre du Gymnase, à Paris. Moteur.
Votre premier spectacle avait fait parler, avec les sketches sur les roms, le hooligan Kiki le fada, les rappeurs, celui-ci est-il aussi corrosif ?
Je l’espère ! C’est un peu une suite logique du premier one-man-show, on retrouvera une séquence sur mes amis les rappeurs, ceux de la nouvelle génération, qui ont toujours des textes aussi plats, surtout si on les compare avec IAM, NTM ou Oxmo Puccino. Mais rassurez-vous, il y aura plein de nouveaux thèmes car il s’est passé quelques trucs en France depuis deux trois ans !
En 2015, vous étiez sur scène au moment des attentats au Bataclan…
Oui, le 13 novembre, j’étais au République (son théâtre, NDLR), j’étais au courant de ce qui s’était passé, pas le public. Nous sommes restés longtemps ensemble. Dans ce spectacle, j’évoque ces attentats, l’impossibilité d’être en terrasse, il ne faut pas oublier. Nous, humoristes, nous avons une vraie responsabilité vis-à-vis du public. C’est grâce à lui si je fais ce métier, les gens sont venus me voir par le bouche-à-oreille, car je ne suis pas très médiatisé…
Vous le regrettez ? Vous ne faites partie d’aucune bande ?
Non, pas de regrets, je suis resté quelques mois au Jamel comedy club, mais ça ne me correspondait pas. Je me suis « fabriqué » tout seul, avec mon équipe, depuis Saint-Denis. Et je le répète, si je peux tourner aussi longtemps, faire des salles de 500/600 places aux zéniths, c’est grâce au public, c’est lui qui te choisit. En plus aller faire le guignol à la télé, dans des émissions « chelou » où le temps de parole est limité, ça ne m’intéresse pas, j’ai d’autres priorités, je travaille beaucoup, et ça me convient comme cela.
Quand je vous ai vu à Biarritz, en 2013, vos mimiques, votre jeu de scène, assez physique, m’ont rappelé Albert Dupontel à ses débuts, avez-vous des modèles ?
La référence à Dupontel, je prends, merci, ça fait plaisir. Après, je fais du stand-up, sans filet, en parlant à la première personne, je traduis un certain ras-le-bol, sans être moralisateur car ce n’est pas mon job. Mais le plus souvent à travers des situations, des personnages qui ne sont pas moi, hein, je précise (sourire), comme l’homo extrémiste par exemple. Mon métier, c’est de faire le clown, et j’adore ça !
Vous avez commencé votre « carrière » aux États-Unis, en passant du basket à Connecticut au stand up.
Oui, je suis passé de Rudy Gay (ex-joueur de l’université de Connecticut, championne universitaire en 2004, devenu joueur majeur en NBA, actuellement aux San Antonio Spurs) à Chris Rock (NDLR, acteur et humoriste américain célèbre) (rires) ! Je l’ai croisé un jour à New York en 2006, et il m’a mis le pied à l’étrier. J’ai débuté dans des « open mics » (micros ouverts à tous), où tout le monde peut participer, c’est parti comme ça.
En France, ç’a été plus difficile de percer…
C’est différent, les cultures n’ont rien à voir, moi en plus, j’ai débuté dans le sport, le basket, qui est très important aux États-Unis. J’ai joué à un bon niveau, à l’université de Connecticut, et, de retour en France, jusqu’en pro B à Bondy avant de me blesser et de me réorienter vers la comédie, grâce notamment à mon ami d’enfance, Grand Corps Malade.
Finalement, votre carrière de comique durera plus longtemps que celle de basketteur !
Oui, si l’on peut dire. Le sport ou faire rire, ce sont de rares débouchés pour un arabe comme moi qui vient de la banlieue ! (sourire) Je suis content de mon parcours, car, à un moment de ma vie, je me suis pris en main sans compter sur les autres. Aujourd’hui, je produis des jeunes artistes, on a une petite équipe de production qui n’est pas capitaliste. On n’exploite personne. C’est une fierté…
Dimanche 17 décembre à 18 h 30, de 36 à 40 euros. Box.fr
Menu CBP